Affaire « Tunisie terre d'asile » : Quand la justice peine à se faire entendre
- Amira AZIZI

- 17 déc. 2025
- 2 min de lecture

Tunis, le 16 décembre 2025
Le 16 décembre 2025 s’est tenue la première audience très attendue du procès des personnes poursuivies dans le cadre de l’affaire dite « Tunisie Terre d’Asile », branche locale de l’association française France Terre d’Asile, reconnue pour son engagement en faveur des droits des réfugiés et des migrants.
Depuis mars 2023, cette affaire a suscité une avalanche de commentaires médiatiques, souvent marqués par des accusations de blanchiment d’argent, de détournement de fonds publics et de corruption. Pourtant, les faits judiciaires racontent une toute autre histoire.
Des accusations financières balayées par la justice
Lors de l’audience du 16 décembre, le tribunal a confirmé l’absence totale de preuves concernant les accusations de blanchiment d’argent. Tous les prévenus ont été formellement acquittés de ces charges. Le volet financier du dossier est donc clos, sans appel.
Malgré cela, certains médias persistent à entretenir la confusion, en amalgamant cette affaire à d’autres scandales, et en ignorant délibérément les conclusions judiciaires déjà rendues.
D’autres chefs d’accusation subsistent, notamment liés à la gestion administrative ou à des soupçons d’abus de fonction. Mais selon les avocats de la défense, ces accusations sont fragiles, juridiquement inconsistantes, et relèvent davantage d’un acharnement que d’une véritable instruction fondée.
Une audience marquée par l’émotion
Dans la salle d’audience, l’atmosphère était lourde, empreinte de tension et d’émotion. Tous les avocats ont plaidé pour la libération immédiate des détenus, dont Ayadh Boussalmi, membre actif de l’association et frère de l’un des avocats présents.
Ce dernier, submergé par l’émotion, n’a pas pu prendre la parole :
> « Je ne pouvais pas plaider. J’étais étouffé. Je ne voulais pas pleurer devant mon frère et mes confrères. »
Ayadh a fondu en larmes pendant les plaidoiries. Shérifa Riahi, également présente, n’a pu retenir ses sanglots lorsque les avocats ont évoqué ses deux fils incarcérés. Même les juges, d’ordinaire impassibles, semblaient touchés par la sincérité des interventions.
Le 5 janvier 2026 : date du verdict
La prochaine audience est prévue pour le 5 janvier 2026. Ce jour-là, les plaidoiries finales seront entendues et les jugements rendus.
En attendant, les accusés restent en détention, malgré l’effondrement du principal pan de l’accusation. Une situation qui interroge sur la lenteur du processus judiciaire et sur les pressions médiatiques qui l’entourent.
Au-delà du procès : une mise en accusation du tissu associatif
Cette affaire soulève des questions fondamentales sur l’avenir du travail associatif en Tunisie, sur l’indépendance de la justice, et sur le rôle des médias dans la fabrication de l’opinion publique.
S’agit-il d’un procès pénal ou d’un procès politique déguisé ? D’une enquête judiciaire ou d’une tentative de dissuasion à l’encontre des ONG œuvrant dans les zones grises de la migration et de l’asile ?
En attendant le verdict, une chose est sûre : la vérité judiciaire mérite d’être entendue, au-delà du vacarme médiatique.


